Interview Alec Monopoly
Street-Arter

Bien qu’aujourd’hui, beaucoup de collectionneurs et de critiques offrent la part belle au street-art, j’aimerais qu’il soit considéré comme un art à part entière et non comme un acte de vandalisme.

Raphaële de La Fortelle : Alec Monopoly, parlez -moi de vos débuts ?

Alec Monopoly : J’ai commencé le street-art à Londres, New-York et aussi à Los Angeles, je faisais alors des allers-retours. Mais, c’est en 2008 que je me suis lancé pleinement dedans, je me suis installé à L.A qui est le berceau du street-art, c’est une ville gigantesque où il y a tant à faire. Je n’arrêtais pas de taguer chaque coin de rue. J’allais à Hollywood ou encore Beverly Hills parce que, là-bas, les gens ne s’attendaient pas à voir des graffitis sur les murs.

RLF : Vous êtes très connu à travers votre mascotte du «Monopoly guy», comment est-il né ?

A.M : Le «Monopoly guy» est né à cette même époque, au moment où la bourse s’écroulait et la bulle éclatait. Il y avait notamment l’affaire Madoff, j’ai commencé par le croquer et au fil du temps je l’ai transformé en un personnage ludique, c’est ainsi qu’est née la mascotte du Monopoly.

RLF : Qui sont vos artistes de références ? Ont-ils inspiré votre style ?

A.M : J’adore le travail de Basquiat parce qu’il est à la fois un street-arter et un peintre d’atelier d’un talent incroyable. Bien que je sois également passé par une école d’art mon style me vient plus de ma mère qui est une excellente artiste.

RLF : Pourquoi avoir choisi le street-art ? Quelle en est votre vision ?

A.M : Le street-art est accessible à tous, n’importe qui peut le voir, à n’importe quel moment. Il fait partie intégrante de la vie quotidienne, c’est ça qui lui donne une si grande force ! Bien qu’aujourd’hui, beaucoup de collectionneurs et de critiques lui offrent la part belle, j’aimerais qu’il soit considéré comme un art à part entière et non comme un acte de vandalisme. Pour ma part, je veux faire passer des messages positifs qui égayent la ville et la vie des gens. Après, je ne voudrais pas qu’il devienne légal partout, j’aime l’adrénaline que cela procure.

RLF : On retrouve aussi dans vos oeuvres de nombreuses icônes comme Jack Nicholson, Twiggy ou encore Michael Jackson, pourquoi les avoir choisies ?

A.M : Je les ai choisies parce que tout le monde peut les reconnaître et se les approprier. Mon art est dédié au plus grand nombre. Tout ceux que je dessine sont des figures mythiques, Twiggy est l’une des plus incroyables mannequins, le personnage Travis Bickle qu’interprète Robert de Niro dans Taxi driver est aussi très emblématique...

RLF : Dans votre atelier, vous passez sans cesse d’une toile à l’autre, vous êtes un peu le papillon du Street Art...

A.M : Je suis justement en train de travailler sur le thème du papillon dans le cadre d’une nouvelle interprétation de Madame Butterfly... Mais pour répondre à votre question, c’est vrai que je m’ennuierai si je ne me consacrais qu’à une toile à la fois. En passant d’une toile à l’autre, cela me permet d’utiliser différentes techniques : dessiner, peindre, faire des collages, utiliser la bombe ou encore faire des pochoirs et des affiches.

RLF : Et, ce n’est pas un peu facile comme approche d’utiliser des pochoirs, par exemple ?

A.M : En fait, cela demande beaucoup de préparation à l’atelier. Après c’est comme pour les collages, je les utilise surtout quand je vais dans la rue parce qu’il faut être rapide pour ne pas se faire attraper...

RLF : Pour votre prochaine exposition à La Galerie 38, vous vous êtes adapté au contexte local, on retrouve le «monopoly guy» coiffé d’un tarbouche ou encore des œuvres avec en toile de fond des coupures de journaux marocains...

A.M : Oui, d’abord, je suis très heureux d’exposer au Maroc. Pour moi, Casablanca est une ville formidable où l’on retrouve le vrai Maroc, la vraie vie contrairement à L.A, par exemple... C’est la première fois que j’expose au Maroc et même sur le continent africain, comme ailleurs, c’est important pour moi d’être proche des gens. En ce qui concerne les coupures de journaux, je ne choisis pas n’importe lesquelles, il faut qu’elles soient en rapport avec l’économie ou la situation dans laquelle nous vivons. Je veux que quand quelqu’un verra une de mes œuvres dans 100 ans, il puisse ainsi comprendre le contexte dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui.

RLF : Des futurs projets ?

A.M : Comme je vous le disais tout à l’heure, je travaille actuellement sur le film de Michel Comte qui est une nouvelle interprétation de Madame Butterfly, je viens d’habiller la façade (30*9 m) d’un prestigieux restaurant à New York. J’ai également un projet d’exposition au Museum of Contemporary Art de Los Angeles.